Le Ninèze, Alain « Le dernier sommeil selon Caravage » (2022) 124 pages

Auteur:
Alain Le Ninèze est né à dans le Sud-Ouest à Agen, ville où il passe sa jeunesse, en alternance avec la Bretagne, jusqu’à son baccalauréat obtenu en 1966. Admissible à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm en 1968, il se tourne vers l’action politique dans la mouvance des événements de mai. Agrégé de lettres classiques en 1971, il enseigne alors dans divers collèges et lycées de la banlieue parisienne. En 1989, il devient inspecteur pédagogique régional des lettres, fonction qu’il exerce dans les académies de Toulouse, Orléans-Tours, Versailles puis Paris.
Romancier féru d’histoire de l’art, Alain Le Ninèze a écrit notamment sur Michel-Ange (Libica. Michel-Ange et la Sibylle, Actes sud, 2014) et sur Léonard de Vinci (Dans les yeux de Mona Lisa, ateliers henry dougier, 2019). On lui doit dans la même collection : La Femme moderne selon Manet, L’empereur des alchimistes selon Arcimboldo, Un martyr de la Révolution selon David
Editeur : Ateliers Henry Rougier – Le roman d’un chef d’oeuvre – 20.01.2022 – 124 pages
Collection « Le roman d’un chef-d’oeuvre » : Mêlant récit romanesque et enquête historique, chaque auteur raconte l’histoire d’un tableau célèbre.
Résumé:
La Mort de la Vierge. Lorsqu’il peint La Mort de la Vierge en 1606, Caravage est déjà un artiste célèbre à Rome. Mais son tableau déclenche un énorme scandale. Les religieux du couvent qui le lui ont commandé refusent de l’accrocher dans leur église : en lieu et place d’une Vierge montant au ciel dans la gloire de l’Assomption, le peintre a représenté le cadavre d’une femme. Et le modèle qu’il a pris est une prostituée retrouvée noyée dans le Tibre…
Caravage, alors âgé de trente-six ans, est à un tournant de sa vie. Les circonstances vont l’entraîner dans un maelström qui fera de ses quatre dernières années une véritable descente aux enfers.
Mon avis :
Le récit est sous forme de journal, suivi de lettres. Ecrit par celui qu’on appelle « Cecco del Caravaggio », qui est à la fois son assistant et son amant.
Nous sommes en 1606
Certes pour une « Dormition de la Vierge », il manque la sérénité, les angelots… et la douceur… Lui c’est la mort dans la vraie vie qu’il propose, dans des tonalités foncées et non sous le bleu du ciel… Et cela ne va pas plaire du tout !!! Et de plus le modèle va faire scandale… une prostituée retrouvée noyée après avoir été assassinée…
Pour lui la peinture doit refléter le monde, les êtres et les visages humains. Les personnages représentés ne sont pas des images pieuses. Il montre la vie, la mort… et quand il se représente lui-même sur des tableaux il s’enlaidit « comme s’il voulait figurer le démon intérieur qui le hante »
Le roman nous parle de sa peinture, de ses ennuis avec la justice (assassin, prisonnier, en exil…) , des différents tableaux qu’il a peint, des villes où il a vécu, contraint de fuir de plus en plus loin de Rome,( Naples, Syracuse, Messine) de ses rapports avec d’autres personnes et en particulier avec le peintre Rubens, de sa technique de peinture, de la société qu’il fréquente, des plus importants collectionneurs de l’époque, de la manière de se procurer des oeuvres à moindre coût, de ses modèles, des ennuis qu’il a avec les autorités et la police, de ses fréquentations, de ses protecteurs ( en particulier La marquise Costanza Colonna, épouse de Francesco Sforza), de son exil qui le conduira à la mort.
J’ai eu envie d’en savoir un peu plus sur le Caravage ( et je ne vais pas m’arrêter là) après avoir vu la remarquable série télévisée « Ripley » .
Extraits:
Il montre le cadavre d’une femme étendue sur un lit et pleurée par des gens qui pourraient être ses proches. L’auréole est figurée d’un trait si ténu qu’elle est pour ainsi dire invisible. Il n’est pas évident de comprendre que cette femme est la Vierge Marie. Autrement dit, ce n’est pas une « Dormition » en tant que prélude à la vie éternelle : c’est un dernier sommeil, celui de la mort.
Le tableau, déjà bien avancé, montrait une femme vêtue d’une robe rouge, allongée sur une table servant de lit. Les yeux fermés, un bras posé sur la poitrine et l’autre étendu sur un coussin, la femme était visiblement morte. Des traits marqués au poinçon dans le fond d’impression brun dessinaient les contours d’un groupe d’hommes baissant la tête en signe de deuil.
le jeu de lumière sur fond sombre, les couleurs, le rouge du rideau faisant écho au rouge de la robe de Marie. Ce rideau, disait-il, aurait pu donner un aspect théâtral à la scène, mais il n’en est rien : la tristesse des personnages est visible, on la sent, on a l’impression de les entendre pleurer… Ce sont des gens simples dans un décor humble, on oublie que ce sont les apôtres qui sont réunis pour veiller le corps sans vie de Marie. Quant à elle, si on ne voyait pas l’auréole, on ne saurait pas qu’il s’agit de la mère de Dieu. On croirait que c’est une femme du peuple pleurée par ses proches…
INFO :
Le CARAVAGE:
Michelangelo Merisi da Caravaggio, francisé Caravage ou le Caravage, est un peintre italien, né le 29 septembre 1571 à Milan et mort le 18 juillet 1610 à Porto Ercole.
Son œuvre puissante et novatrice révolutionne la peinture du XVIIe siècle par son caractère naturaliste, parfois brutal, et l’emploi appuyé de la technique du clair-obscur allant jusqu’au ténébrisme. Il connaît la célébrité de son vivant et influence nombre de grands peintres après lui, comme en témoigne l’apparition du caravagisme.
Il obtient en effet un succès foudroyant au début des années 1600 : travaillant dans un milieu de protecteurs cultivés, il obtient des commandes prestigieuses et des collectionneurs de très haut rang recherchent ses peintures. Mais ensuite Caravage entre dans une période difficile.
Après une longue période d’oubli critique, il faut attendre le début du XXe siècle pour que le génie de Caravage soit pleinement reconnu (Source Wikipedia)
Le tableau « la Mort de la vierge » se trouve au Musée du Louvre