Ruiz, Olivia « Ecoute la pluie tomber » (2022) 179 pages

Autrice : nom de scène d’Olivia Blanc, Olivia Ruiz est une auteure -compositrice-interprète, chanteuse, actrice, réalisatrice et romancière française née le 1er janvier 1980 à Carcassonne. Elle choisira son nom de scène Ruiz en hommage à sa grand-mère paternelle.
Romans : «La commode aux tiroirs de couleurs» (2020) – « Ecoute la pluie tomber » (2022)
JCLattès – 11.05.2022 – 197 pages / Livre de poche – 24.05.2023 – 179 pages
Résumé :
Marseillette, 1977. Dans le café qui l’a accueillie, étouffée, puis révélée, Carmen pleure sa nièce chérie. A plus de quarante ans, elle se rappelle les personnages qui ont changé sa vie. Ceux qui l’ont fait plonger, l’ont remise dans le droit chemin. Ceux qui ont su percer ses failles et écouter ses désirs. Sans oublier ses soeurs, dont elle partage les stigmates de l’exil mais refuse de suivre la route.
Parce qu’après tant d’épreuves, Carmen aussi veut s’inventer un destin… D’une hacienda en Espagne, où le franquisme fait rage, à la prison madrilène de Ventas en passant par un paquebot transatlantique, Olivia Ruiz nous embarque dans les tourments d’une histoire qui s’entremêle à la grande, où l’amour triomphe de la violence.
Mon avis:
Même si j’ai beaucoup aimé ce court roman, il m’a moins fait chavirer que son précédent. Dans le précédent on faisait la connaissance de la grand-mère de l’autrice; ici l’action se recentre autour de Carmen (la petite soeur de sa grand-mère)
La-encore la romancière mêle l’Histoire à son histoire personnelle, le café de sa famille (dont elle parle aussi dans le texte de l’une de ses chansons) , la région d’où elle est originaire, ses racines.
Je pense qu’il y a trop de personnages dans pas assez de pages. Je n’ai pas vraiment eu le temps de faire connaissance. Bien sûr il y a Carmen, au centre du roman; il y a aussi Escouto à la fin, mais on se demande un peu ce qu’il vient faire dans cette histoire, avec son journal de bord et son passé douloureux… Une jolie brochette de personnages qui aurait mérité d’être plus construite! La Yaya est fascinante mais dommage de ne pas l’avoir découverte plue en profondeur.
Je me suis laissée prendre par le style, la vivacité, le rythme, l’émotion, et c’est ce qui compte… Un roman doux, dur, émouvant et fort à la fois, qui parle de liberté et d’enfermement, de France et d’Espagne, de famille et de solitude, le musique, de danse et de lecture…
« Escota quand plóu, c’est de l’occitan. »
Extraits:
J’ai longtemps nié mon existence. Aujourd’hui je regarde dans le rétroviseur ceux qui l’ont forgée. Ils sont tous là, se rappelant à mon souvenir d’un signe de la main, pour que je continue de la construire sans oublier chaque leçon qu’ils m’ont donnée.
— Assister, ce n’est pas aider putain ! Aider, c’est apprendre à quelqu’un à s’en sortir par lui-même.
Ces mots me paralysent. Me voilà comme une enfant à qui on reprendrait le bonbon qu’on lui a donné, alors qu’il n’a pas commencé à fondre sous sa langue. Déçue.
Mais pour nous, blesser un animal au nom de la noblesse ou de la beauté du geste est un acte de barbarie.
Elle n’avait pas exagéré en me disant que je trouverais mon salut dans la lecture. Dès qu’elle terminait un livre, elle me le confiait. Mais les mots ne me pénétraient pas. Maintenant qu’elle lit pour moi, de sa langue si habitée, les mots forment des images dans lesquelles je peux sauter à pieds joints. Mon quotidien n’est plus le même. Mes lectures me grandissent. Me permettent d’y voir clair. Je m’y blottis aussi, souvent, volant l’un des rôles pour devenir une héroïne. Je me glisse dans les bottes de Don Quijote. Je retrouve le désir de vivre dans l’espoir d’entendre encore le chant du monde.
Elle laisse échapper un sourire que j’attrape au vol et qui me donne des ailes pour le reste de la journée.
Le rapt de la fiancée est une tradition gitane. Par cet acte, les futurs époux annoncent aux leurs qu’ils vont se marier. Les familles ont jusqu’à leur retour pour organiser les noces, soit à peine quelques jours. Un sacré branle-bas de combat pour être dans les temps, et un investissement colossal de temps, d’argent et de cœur pour chaque membre de la famille. Les gitans sont très attachés aux rites liés à leurs origines. Lorsque l’ancrage géographique fait défaut dans l’histoire d’un peuple, les racines trouvent un autre terreau pour s’implanter.